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Colloque

Héritages et usages de Rawls. Théorie de la justice 50 ans après

Fin 1971 parait l’ouvrage de John Rawls Théorie de la justice. Initialement cet ouvrage est destiné aux étudiants de Rawls à Harvard ; plusieurs manuscrits circulent dans des séminaires internes et font l’objet de discussions et de corrections. Dès sa publication, le livre connait un succès retentissant. Il constituera finalement le livre de philosophie le plus cité et commenté du siècle.

Les raisons de ce succès sont multiples. Il tient au fait que, rompant avec la domination de la métaéthique, Rawls ose y revenir de manière frontale à une question normative, la question des conditions les plus à même de réaliser la justice dans un contexte démocratique, initiant ainsi un renouveau de la philosophie morale et politique. Il s’explique également par la rupture que le livre opère avec la philosophie normative qui dominait les sciences économiques à l’époque, à savoir l’utilitarisme. Il se mesure enfin, et peut-être surtout, à l’influence considérable qu’exerça l’ouvrage dans plusieurs disciplines : débats avec des économistes, notamment de nombreux Prix Nobel d’économie  Amartya Sen, John Harsanyi, Edmund Phelps, Kenneth Arrow  et renouveau de la philosophie morale et politique à partir des thèses rawlsiennes. C’est ainsi que Robert Nozick, qui est pourtant l’un des critiques les plus farouches des thèses redistributives de Rawls, déclare par exemple en 1974 que Théorie de la justice est « une source d’idées éblouissantes » et que « les philosophes politiques doivent désormais ou bien travailler à l’intérieur de la théorie de Rawls, ou bien expliquer pourquoi ils ne le font pas ». Au-delà d’un retour sur ces débats, l’anniversaire des cinquante ans de la publication de Théorie de la justice est aussi l’occasion de réfléchir à la place de la philosophie politique rawlsienne dans la pensée philosophique, politique et économique contemporaine, ainsi que dans les politiques publiques, à la fois en termes d’égalité, d’identité et de raison publique, entre autres thématiques contemporaines.

L’objet de ce colloque est de montrer les héritages et usages de Rawls dans ce cadre pluridisciplinaire mais aussi dans un cadre international puisque Théorie de la justice a été traduit en 28 langues. Une place privilégiée sera accordée au monde francophone où la théorie de Rawls a eu une résonance particulière, facilitée par l'initiative de traduction de Catherine Audard et par la révision par l'auteur (avec quelques changements par rapport à la version de 1971) de la traduction française. L'œuvre de Rawls, de fait, a contribué à développer l'approche contractualiste, fondamentale dans la tradition de la philosophie politique francophone. La réception de Théorie de la justice a conforté, dans les pays de langue française, l'ambition d'appliquer l'approche contractualiste (ou d'examiner dans un registre critique les conditions de son application) aux questions économiques et sociales importantes pour l'éthique normative.

Son universalisme et son souci exigeant de la méthodologie scientifique en philosophie morale sont à bien des égards convergents avec les aspirations qui se formulent à l'adresse de la philosophie en tant que vecteur et soutien du débat public éclairé, dépassant les "appartenances" et héritages historiquement contingents. Sa distinction du "bien" et du "juste", comme son attention à la valeur équitable de la jouissance des droits et libertés, ont des affinités, dans le cas de la France, avec les valeurs de laïcité.
La coïncidence temporelle avec la publication en français de Justice et équité de S.-C. Kolm a favorisé des débats approfondis entre spécialistes d'économie (ou d'autres sciences sociales) et spécialistes de philosophie morale et politique dans l'aire culturelle francophone. Pour autant, la réception de l'œuvre a aussi été marquée, dans ce registre, par certains malentendus, dont certains méritent d'être mis en lumière (s'agissant par exemple de la manière d'appliquer le "principe de différence"). L'œuvre de Rawls a aussi été l'occasion d'utilisations (ou déformations ?) idéologiques, tendant à relativiser l'importance du principe d'égalité au profit d'une "équité" plus souple et moins substantielle.

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