Appel à communication – Affront, rendez-vous manqué ou influence réciproque ? Enjeux disciplinaires des cultural studies
Appel à communication pour la journée d'étude "Affront, rendez-vous manqué ou influence réciproque ? Enjeux disciplinaires des cultural studies" organisée par Edward Lee-Six.
Appel à communication pour une journée d'étude
Affront, rendez-vous manqué ou influence réciproque ? Enjeux disciplinaires des cultural studies
Jeudi 10 septembre 2026, salle de formation de la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, place de la Sorbonne, Paris 5e
Organisation : Edward Lee-Six, ISJPS, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Expliquant comment il a choisi, avec Richard Hoggart, l'expression "cultural studies" pour nommer leur Centre for Contemporary Cultural Studies, à Birmingham, en 1964, Stuart Hall se souvient : "c'était au sens le plus large possible, nous assurant ainsi qu'aucun département d'humanités ou de sciences sociales, qui pensait s'être déjà occupé de la ‘culture’, vive à coup sûr notre présence comme un affront". En effet, les "cultural studies" ont bouleversé le paysage des sciences humaines et sociales, soit de façon conflictuelle, soit tout en douceur. Mais quel est, plus exactement, le rapport des "cultural studies" à d’autres disciplines et d’autres champs de la pensée et de la recherche (littérature, sociologie, philosophie, histoire, histoire de l’art, anthropologie…), notamment aujourd’hui et en France ?
The Uses of Literacy de Richard Hoggart, un des textes fondateurs des "cultural studies" , a été publié en français aux Éditions de Minuit dans la collection "Le sens commun", dirigée par Pierre Bourdieu (sous le titre La Culture du Pauvre, en 1970), et a joui, grâce à cette publication, d’une véritable réception en France. En revanche, la sociologie bourdieusienne peut sembler à mille lieux de l’approche "cultural studies" et Bourdieu n’a jamais dit s’être inspiré de Hoggart et de ses collègues. S’il y a aujourd’hui de nombreux sociologues français qui travaillent sur la culture, peu se réclameraient du CCCS de Birmingham.
Au sein des travaux de Pierre Bourdieu sur la culture, un ensemble particulièrement important se détache : ses écrits sur la littérature, et notamment Les règles de l’art : genèse et structure du champ littéraire (1989). Ce texte rejoint d’autres travaux qui l’ont précédé, et notamment L’Institution de la littérature du Liégeois Jacques Dubois (1978), pour faire émerger la sociologie de la littérature en tant que discipline reconnue à part entière. En parallèle, les "cultural studies" se caractérisent par leur littérarité : nombre de ses grandes figures sont issues des lettres, tels que Richard Hoggart, Dick Hebdige, Stuart Hall, inter allii, et certaines figures majeures se définiront, à travers leur carrière, comme des critiques littéraires (Raymond Williams, par exemple). D’une part, donc, une approche sociologique de la littérature ; d’autre part, une approche littéraire de la sociologie. Ces deux styles épistémologiques se sont-ils développés de manière totalement indépendante ? Ou alors des influences réciproques se sont-elles produites – ou pourraient-elles se produire ?
Au-delà de la sociologie et de la sociologie de la littérature, un rapide survol du paysage intellectuel français du XXe siècle fait apparaître de nombreux textes et penseurs qui affichent des points de ressemblances – a priori fortuites ! – avec les "cultural studies" : les Mythologies de Barthes (la même année que The Uses of Literacy), La Critique de la vie quotidienne d’Henri Lefebvre (la même année que The Long Revolution de Raymond Williams), L’Invention du quotidien de Michel de Certeau (la même année que Culture, Media, Language, de Stuart Hall et al.) – sans parler des travaux de Baudrillard, voire certaines contributions des Situationnistes (La Société du spectacle ?) ou de l’Oulipo (Espèces d’espaces ?). Ces œuvres partagent avec le projet des "cultural studies" la même ambition de rendre compte de l’ensemble de la société, en particulier de la société occidentale d’après-guerre, d’une part, et, d’autre part, une volonté de dépasser – afin de réaliser cette ambition – le découpage traditionnel des disciplines en sciences humaines et sociales. Et, pourtant, si on peut parler de résonances, on ne peut sans doute pas parler d’influence, dans la plupart des cas.
Cette journée d’étude se propose de poser trois types de question. Premièrement, quels atomes crochus entre les "cultural studies" et les autres disciplines des SHS ? Comment pouvons-nous confronter de manière féconde "cultural studies" et philosophie, histoire de l’art, sociologie, lettres, et ainsi de suite ? Là où il n’y a pas eu d’influence directe, peut-il y avoir rencontre tardive ? Des contributions de toutes disciplines seront les bienvenues.
Deuxièmement, quel usage pouvons-nous faire des "cultural studies" aujourd’hui ? Ont-elles déjà épuisé leur rôle, s’imposant à la fois comme une évidence et comme dépassées ? Ou peut-on encore faire des "cultural studies" ? Des exemples pratiques du rôle des "cultural studies" dans la recherche auront toute leur place à cette journée.
Enfin, troisièmement, quelle expression institutionnelle peut-on donner aux "cultural studies" ? Les "cultural studies" ne sont pas – ou plus – inconnues en France, grâce notamment aux travaux d’Arnaud Mattelart et d’Érik Neveu (Introduction aux Cultural Studies, 2003), de Maxime Cervulle et de Nelly Quemener (Cultural studies, 2015), d’Éric Maigret et de Laurent Martin (Les Cultural studies, 2021), entres autres. Saluons aussi un dossier récemment publié par la revue COnTEXTES ("Les études littéraires face aux "cultural studies" ", dir. G. Adjerad, A. Goudman, M. Hillion, et M. Leclair, 2024). Mais, à part un master en "cultural studies" à l’Université Paul Valéry à Montpellier, ce savoir, de plus en plus considérable, ne trouve pas toujours d’expression institutionnelle ou pédagogique. Quelles formes concrètes est-ce que les "cultural studies" pourraient prendre dans l’enseignement supérieur aujourd’hui ?
Les propositions d’intervention, d’un maximum de 2000 signes, sont à envoyer pour le 1er août 2026 à edward.lee-six@univ-paris1.fr.
Call for papers for the workshop ‘Affronted at our presence’: cultural studies in academia
Thursday 10 September 2026, Paris (Salle de formation, Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, Place de la Sorbonne, 75005 Paris)
Deadline for abstracts: 1st August 2026 (300 words max.) to be sent to edward.lee-six@univ-paris1.fr
Looking back on how he and Richard Hoggart came up with the term ‘cultural studies’ as the label for the Centre they founded together in Birmingham in 1964, Stuart Hall recalls: ‘It was about as broad as we could make it, thereby ensuring that no department, in either the humanities or the social sciences, who thought that they'd already taken care of "culture", could fail to feel affronted at our presence’. Cultural studies did indeed profoundly change the landscape of the social sciences and humanities, sometimes through confrontation, as Hall suggests, sometimes more gently. But what exactly is the relationship between cultural studies and other academic fields, especially (but not exclusively) in France today?
Hoggart’s The Uses of Literacy was published in French by Minuit as part of the series edited by Bourdieu (under the title La Culture du Pauvre, in 1970) and thanks to this translation has become fairly well known in France. And yet bourdieusian sociology can seem light-years away from the methods and approaches of cultural studies; moreover, Bourdieu never recognised that he had been himself influenced by Hoggart or his colleagues. Today, while there are a number of French sociologists who study culture, few would associate themselves with the CCCS as it existed in Birmingham.
Within Bourdieu’s writings on culture, his literary criticism stands out as particularly influential: Les Règles de l’Art is, along with L’Institution de la littérature by Jacques Dubois, a foundational text for the sociology of literature. Meanwhile, a distinguishing feature of cultural studies is its proximity with literature: Hoggart, Hebdige, Hall, among others, all read English as undergraduates, while some, such as Raymond Williams, remained primarily literary critics throughout their careers. There is, in other words, a inverted symmetry: in France, a sociological approach to literature; in Britain, a literary approach to sociology. Did these two epistemological styles develop simultaneously but separately? Or were there reciprocal influences? If not, could there be reciprocal influences in the future?
Beyond the sociology of literature, a quick glance at the protagonists of twentieth-century intellectual life suggests some points of comparison (or coincidence?) with cultural studies. Barthes’s Mythologies appeared (in book form) in the same year as The Uses of Literacy; Lefebvre’s Critique de la vie quotidienne in the same year as Williams’s The Long Revolution; de Certeau’s Invention du quotidien in the same year as Culture, Media, Language, edited by Hall. Baudrillard, Debord, Perec also come to mind as thinkers who share with cultural studies the ambition to account for a social totality, a ‘whole way of life’, especially in post-1945 Western democracies, on the one hand, while, on the other hand, straining to transcend the traditional divisions between academic disciplines or literary genres. And yet these echoes, however striking, are probably not the fruit of direct influences.
This workshop will aim to tackle three kinds of question. First, what affinities can be found between cultural studies and other academic disciplines, especially (but not exclusively) in the French context? How can cultural studies be productively confronted to philosophy, history of art, sociology, literary criticism, and so forth? If there has been little mutual influence hitherto, could a late encounter be hoped for? Contributions from scholars working in all disciplines are welcome.
Second, what use can be made of cultural studies in academia today, in France and elsewhere? Have they already played their role, so influential as to be, paradoxically, exhausted? Or can one still do cultural studies? The workshop would be most interested in concrete examples of cultural studies in contemporary research.
Third and finally, what institutional expression, if any, can be given to cultural studies in France today? Thanks to the work of Arnaud Mattelart and Érik Neveau (Introduction aux Cultural Studies, 2003), of Maxime Cervulle and Nelly Quemener (Cultural Studies, 2015), of Éric Maigret and Laurent Martin (Les Cultural studies, 2021), cultural studies are no longer unknown in France. The number of the journal COnTEXTES devoted to cultural studies and literary criticism is also noteworthy (Les études littéraires face aux cultural studies, ed. by G. Adjerad, A. Goudman, M. Hillion, and M. Leclair, 2024). But, apart from an MA programme in cultural studies at the Montpellier university, this considerable body of knowledge finds little institutional or pedagogical expression. What forms could cultural studies take in (French and other) higher education systems today?